samedi 8 août 2015

Manuel Contreras, ancien général et le pire criminel chilien est mort

Le général Manuel Contreras, bras droit de Pinochet,
le créateur d’un des plus cruels appareils de répression
politique après la Gestapo de Hitler.


Annoncée par une agonie lente et compliquée, la mort attendue de Manuel Contreras, l'un des pires assassins de la dictature de Pinochet et symbole de la cruelle violence politique qu'a mutilé des générations de latino américains a jeté des gens dans la rue sous la pluie, dans des manifestations spontanées de joie.

Le général à la retraite Manuel Contreras Sepúlveda, ancien chef de la DINA est mort à Santiago la nuit du 7 août à l'hôpital militaire. Contreras, qui cumulait plus de 520 ans de prison pour des crimes de lèse humanité, purgeait ses peines dans la prison spéciale de Punta Peuco, mais il avait été admis à l'hôpital militaire 10 mois auparavant.
Manuel Contreras, un obscur colonel de l'armée de terre au moment du coup d’état du 11 septembre 1973, a été le fondateur et le chef de la première police politique du dictateur Pinochet, la sinistre DINA.

Lieutenant en 1960, connu sous l'alias d'
« El Mamo », ou l'étron, Contreras entre à l'académie de Guerre où il rencontre Augusto Pinochet, alors capitaine et sous-directeur de l'académie, enseignant de Stratégie. Dans ses cours s’exprimait le souci majeur des militaires de l’époque, le triomphe récent de la Révolution cubaine, en 1959. Contreras sort de l'académie de Guerre en 1962 comme officier d’état major, et il y revient en 1966 comme professeur d'Intelligence.

Manuel Contreras Sepúlveda, chargé dès le
début de la dictature au Chili de la répression.
Il a été l'un des hommes les plus puissants du
régime, redouté par ses pairs et même par les
généraux de Pinochet.

En 1967 Manuel Contreras part aux États-Unis, comme des générations de militaires latino-américains, pour un stage de spécialisation pour officiers à Fort Benning, l’École des Amériques. À cette école, véritable moule de formatage des armées continentales aux doctrines géopolitiques étasuniennes en vigueur, des milliers d’officiers ont été formés à la « guerre interne » contre l’« ennemi intérieur »,  au nom de la « sécurité nationale ».

À Fort Benning, Contreras et plusieurs promotions d’officiers ont appris les tactiques de la guerre secrète anti subversive, des techniques  de répression de la population civile et l'application systématique de la torture lors des interrogatoires.

De retour au Chili en 1969, gradé d’officier supérieur, Contreras enseigne l’Intelligence à l'école d'Ingénieurs militaires de
« Tejas Verdes » et en 1970 il est désigné secrétaire de l'état-major de l'Armée. En 1971 il passe directeur du régiment d'Ingénieurs Nº4 Arauco, à la ville d'Osorno, au sud du Chili.

C'est au début de la décennie des 70 qu’il a commencé à tisser son réseau parmi ses pairs de l’armée de terre, quelques capitaines et des colonels adeptes de la conspiration. Il récolte des informations et commence à esquisser un appareil d'intelligence capable d'infiltrer et de désarticuler les organisations de gauche, alors très actives au Chili. C’était la présidence de Salvador Allende, le premier président socialiste élu au suffrage universel dans un pays de grandes inégalités sociales, et agité par les nouvelles perspectives ouvertes aux grandes majorités jusqu’alors ignorées.

Manuel Contreras a incarné depuis 1973 la persécution
politique impitoyable et la barbare répression déchaînées
contre des milliers de personnes au Chili et au-delà. L’ex
général n’a jamais exprimé des regrets pour le génocide
et les atrocités qu’il conçu et commandées.


Manuel Contreras disposait d'informateurs des partis de droite et de « Patria et Libertad », groupuscule d’ultra droite ouvertement séditieux largement noyauté par des militaires actifs, et utilisé en sous-main pour des attentats et des opérations de déstabilisation. Contreras entretenait à la fois des liens avec l’antenne locale de la CIA et le bureau d'Intelligence Navale opérant dans cette période à Valparaiso et San Antonio. Ces contacts lui fournissaient des manuels des polices sécrètes de plusieurs pays, comme la Savak de l'Iran, la Kcia, de la Corée du Sud, et du Service national d'Information du Brésil.

Le général Contreras avait été écroué une première fois en 1995, pour les meurtres à Buenos Aires de l'ancien commandant en chef de l'armée Carlos Prats et de son épouse en 1974, et de celui de l'ancien ministre Orlando Letelier en 1976 à Washington. Depuis, il avait été reconnu coupable et condamné pour des dizaines de cas d'enlèvements et tortures, des massacres et disparitions d’opposants politiques. On estime à plus de 1.500 les victimes de la DINA sous commandement du général Contreras, entre 1973 et 1977.

Animé d'un anticommunisme irrationnel et totalement dépourvu de scrupules, Manuel Contreras a instauré et développé l'application systématique d'épouvantables supplices aux détenus et détenues. Il a aussi conçu et mis en œuvre ―assisté de l'état major de la DINA―, le plan « Cóndor », un efficace  réseau d'entraide établi entre les dictatures du cône sud pour la capture, l'interrogatoire et l'élimination physique des prisonniers politiques.


Sous les ordres directes du dictateur Pinochet, Contreras est aussi à l'origine des assassinats ciblés et des attentats contre des leaders politiques chiliens en Europe et aux Eeuu, et des opérations d'extermination massive d'opposants au Chili.

Manuel Contreras, alors colonel à la tête de la redoutable DINA et le général félon Augusto Pinochet. Contreras rendait compte chaque jour au dictateur des opérations répressives de sa police politique. Ils ont pris leurs distances en 1977, lorsque les États-Unis ont demandé l’extradition de Contreras pour l’assassinat d’Orlando Letelier et sa secrétaire Ronnie Moffitt, tués par la DINA à Washington le 21 septembre 1976.

La mort du criminel Manuel Contreras ferme un chapitre de la barbare guerre secrète de la dictature contre les militants de la gauche chilienne. Il en a été le principal concepteur et protagoniste, et a emporté avec lui les plus terribles secrets de la répression au Chili. D'un cynisme arrogant, sans jamais avoir reconnu sa responsabilité dans les tueries de masse et les atrocités commises sous ses ordres, l'ancien général est mort dans la solitude des criminels et le mépris absolu de ses semblables.